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« Comment donnes-tu le rythme ? »


Dans « Rien que du grand ciel », il est question d’un road trip. Il était donc nécessaire que le texte suive le rythme de la route. Au début du roman, arrivée dans la mégapole : les phrases sont courtes, hachées, réduites à des impressions, des flashes de lumière, du bruit.

Au fur et à mesure de la progression, le rythme est plus étiré, hypnotique, lent, à la mesure des étendues, des routes sans fin, de l’horizon jamais atteint. A la fin du roman, les personnages veulent en finir, les phrases redeviennent plus rapides, plus courtes, descriptives, portées par une forme d’allégresse : le but est proche.


J’applique aussi (bien modestement) la technique de Flaubert pour faire « sonner » les mots. Le grand écrivain testait ses phrases dans son gueuloir : ce n’était pas un lieu, mais une action : hurler ses lignes jusqu’à ce qu’elles sonnent juste.

« Il est 1 h. du matin. Je ne sais pas comment je n’ai pas la poitrine défoncée, depuis 4 h. que je hurle sans interruption [...] La tête me tourne et la gorge me brûle d’avoir cherché, bûché, creusé, retourné, farfouillé et hurlé, de cent mille façons différentes, une phrase qui vient enfin de se finir. Elle est bonne, j’en réponds ; mais ça n’a pas été sans mal ! » (Gustave Flaubert, Lettre à Louise Colet, 25-26 mars 1854).


Pour ma part, lorsque j’estime être arrivée à la fin du travail, je lis le roman en entier à haute voix. Je ne hurle pas, je ne le déclame pas, je le lis comme on lirait un texte à un public. Je note les expressions sur lesquelles je bute, celles qui m’obligent à recommencer parce qu’elles ne sont pas claires, celles qui sont trop longues, jolies à l’écrit, lourdes à l’oral, et je les corrige.


Les passages les plus obscurs ou difficiles, ceux que j’aime le mieux sans être certaine qu’ils tiennent droit, je les enregistre dans mon téléphone, dictaphone, puis j’écoute ma voix objectivée par la machine. Je retrouve ainsi un regard neuf sur un texte qu’à force je connais par cœur.


Pourquoi tant d’efforts ? Pour tenter d’approcher le premier précepte d'Hemingway :

« Ce qu’il faut c’est écrire une seule phrase vraie. Écris la phrase la plus vraie que tu connaisses. »

(Hemingway cité dans : « On writing » par Larry W. Phillips)

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