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"Tu aimes faire la route ?"

Updated: Feb 7


Texas

Je traite les rapports entre les deux personnages principaux de « Rien que du grand ciel », à travers un road trip.

La voiture est centrale aux USA. Souvent, devant les maisons, même de pauvres bicoques délabrées, posées de guingois sur un terrain en friche, entre de la ferraille et des matelas moisis, se tient, altière, une belle bagnole neuve, chromes luisants, peinture vive. Plus qu’une voiture, une question de survie.


Dans les villes, sur les highways, les échangeurs, des voitures, des milliers de voitures se croisent en souplesse, pas d’urgence, larges pistes, devant derrière, dessus, encore des voitures. Parfois, elles font maisons, les gens y dorment. Dans les grandes métropoles, sans voiture, pas de travail, pas d’argent, pas de nourriture, pas d’assurance. Un pickup, sa vie dans le coffre à découvert, et départ.


C’est un pays où prendre la route signifie quelque chose. Les hobos, les vagabonds traversant les plaines de train et train, de misère en misère, sous la plume de Jack London ; Kerouac (« Sur la route ») bien sûr, mais pas seulement. Le cinéma, « Point Limite zéro » (Vanishing point) où sous prétexte de livrer une Dodge Challenger en un temps impossible à tenir, Kowalski, le héros, construit le mythe.

Traverser le désert, échapper aux flics, incarner sans le vouloir la liberté des proscrits et des fous. « Paris, Texas », la route, la poussière, « Thelma et Louise », en saut final dans un ravin du Grand Canyon, tant d’autres encore.


Rouler, c’est méditer. Penser sans y penser, avancer, quitter qui on était, ne pas savoir qui on va devenir. C’est se tenir en suspension entre hier et demain. Rien n’est décidé, aucune responsabilité, rouler, regarder, se taire. Tirer l’asphalte, foncer vers rien, vers la fin.


Maîtriser la route. Fuir les bus.

« C'est lorsqu'on le traverse en autocar qu'on se rend compte de l'immensité de ce pays avec ses routes atroces s'étirant entre des villes tout aussi atroces qui se ressemblent toutes quand on les voit par la fenêtre de ces cars de malheur d'où l'on ne peut s'échapper, qui ne vont nulle part, qui s'arrêtent partout ». (Kerouac, Les anges vagabonds).


Aller nulle part : le but de tout roman.

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