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Troisième carte postale.

Updated: Aug 1


Cesenatico. Adriatique. Il y a longtemps.

Le soir après la plage, le sable, les glaces, le lemonsoda, la pasta, nous faisions du tandem. On louait deux machines, avec un banc en skai rouge qui collait aux cuisses, un parasol rayé, et des franges qui brinquebalaient. Nous nous installions côte à côte mon frère et moi, il démarrait en premier, je m’emmêlais aux pédales, je râlais, le sport cycliste ne me plaisait pas.

Si on ne peut pas lire en le faisant, aucun sport n’est intéressant, pas vrai ?

Nous suivions le tandem de mon père, on raidissait le bras pour tourner à droite et entrer dans la ville. On longeait les canaux vert sombre qui puaient le poisson pourri, respirait la vanille et le sucre devant les boulangeries, la pizza à la devanture des restaurants.

Il faisait de plus en plus sombre. Les cheveux dans le vent chaud, on voyait le ciel immense fondre dans l’horizon rose. On attrapait des bribes de conversation, des cris, des appels incompréhensibles qui, pour moi, psalmodiaient : « les vacances, les belles vacances ».

Ensuite, nous rendions les machines et parfois nous arrivions à convaincre notre père de nous donner quelques lires pour aller jouer dans une Sala Giochi. On entrait, la jeunesse du coin était là : le bruit des flippers, la musique des premiers jeux vidéo, les rires, la fumée des cigarettes, l’odeur de bière, de boisson sucrée, le sourire blanc des beaux gosses de dix-sept ans.

On faisait le tour de chaque appareil avant de choisir pour ne pas gaspiller nos pièces. J’étais nulle à tous les jeux. Je montrai une rare disposition à perdre mes 200 lit au flipper en un ou deux coups. Les gens riaient de moi, cela devenait une spécialité : ils se massaient autour la machine pour me voir jouer à perdre le plus vite possible. Cela me coûtait cher.

Je conservais une dernière pièce pour jouer à la machine à boules. On glissait l’argent dans une encoche qu’on poussait fortement vers le haut. Une fois sur deux, il fallait recommencer le geste n’était pas assez sec.

Un grappin se mettait alors en route, descendait dans la fosse aux boules, hésitait, en attrapait une, la relâchait, rôdait. J’essayais de savoir quel jouet serait happé. Je me cassais les yeux pour deviner le contenu de la balle à demi-transparente. Quel jouet, quel chewing-gum, quel bonbon s’y cachaient, petits espoirs.

Je faisais des paris sur qui tomberait, la sphère verte, non celle orange, ou alors la rouge, oui la rouge. Enfin, la boule roulait dans le tuyau et jaillissait dans mes mains. Il fallait toute ma force pour tourner et ôter le couvercle.

Je me souviens du plaisir de l’attente, du papier qui collait au rectangle de bonbon, du parfum fraise synthétique mélangé aux remugles de la salle de jeux, du joujou perdu ou cassé en une soirée, du retour à pied à l’hôtel dans la nuit qui s'installait, de l’homme qui vendait des tranches de noix de coco posées sur une fontaine, du cri « cocco bello ! », des roseaux, du sable sur les trottoirs qui rendait la passeggiata glissante, du panneau lumineux de l’hôtel Da Pino. Maison.

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