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"Tout ce que tu as vécu..."

Updated: Feb 7


Samedi une amie me disait qu’il fallait en avoir vécu des aventures, pour être capable d’écrire « Rien que du grand ciel ». Je lui ai répondu un peu vite : imagination, il suffit d’avoir de l’imagination. Et c’est vrai : écouter ses personnages, les placer dans un espace crédible, les doter d’un univers propre, d’amis, de goûts, d’une esthétique, les placer face à des dilemmes, cela demande un peu d’imagination, de créativité, de fantaisie.


Mais l’expérience, la vie, les gens contre lesquels on a buté, les conflits, les peines, les grands bonheurs : tout cela forme un fond grouillant dans lequel, sans qu’on le sache, se trament des histoires. Il m’a fallu bien des années pour accepter d’attendre d’écrire, attendre d’avoir vécu : expérimenter, souffrir, aimer, pleurer, faire des enfants, s’inquiéter, apprendre, avancer, voyager, beaucoup voyager. Un jour, estimer que c’est le moment. Le bagage est rempli, il déborde, prenons la route.


Ensuite, tout de même il y a du travail. J’y pense en écrivant mon deuxième roman : ce désordre, ce bouillonnement, quel labeur pour le faire tenir debout, lui donner une logique, intégrer de la surprise, des émotions, lui conserver de l’épaisseur, de la densité, ne pas ennuyer le lecteur, rester léger, fluide sans réduire le propos.


C’est tout l’intérêt du périple : de son expérience, extraire des impressions, des idées, des petites phrases entendues ici ou là, des lieux, des frôlements, démêler des vies. Partir du chaos pour tenter d’en faire un univers articulé. S’obstiner. Recommencer.


Beckett disait : « Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Échoue encore. Échoue mieux."


Voilà mon but : échouer mieux.


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