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"As-tu été dans tous les lieux que tu décris ?"

Updated: Feb 7


Pas tout à fait.

J’aime voyager, rouler, bagage dans le coffre, m’arrêter quand je le veux, repartir de suite si le coin me déplaît. Changer d’avis, dépasser un endroit que je voulais voir, et puis non. Eviter des villes qui ne me tentent pas, enchevêtrement d’autoroutes, gratte-ciels : derrière chaque lumière, au moins une vie, c'est trop pour moi.

Au moment de m’arrêter dans un endroit perdu, au bord d’un parc national, devant des rochers rouges, je regrette presque de sortir du véhicule, de quitter de vue l’étendue grise. J’aimerais cahoter encore et encore sur les gravillons et les bumps, tenter de rejoindre le ciel qui lisse les bords du toboggan magique.


J’ai parcouru bien des routes en Californie, au Nouveau-Mexique, en Arizona ou ailleurs, mais je n’ai pas fait le grand tour à l’envers qui pousse Tom vers Six-Rivers. J’ai vérifié sur les cartes les numéros des voies, écouté mon personnage qui ne voulait pas de grande vitesse, pas au début, pas tout de suite. Difficile de trouver des petites routes aux USA qui ne finissent pas en cul-de-sac dans une ville abandonnée, au milieu d’une plaine vide, devant deux ou trois camions rouillés, ou qui ne viennent se heurter aux lumières d’une Highway de compétition.


Les lieux emblématiques du road trip sont les stations d’essence, les motels, le désert, le ciel qui est plus bleu ici à se poser sur tant de sable. Dans chaque état un autre système pour prendre de l’essence. Passer pour un franc idiot à ne pas trouver comment activer la pompe. De manière générale, être incapable d’utiliser sa carte de crédit dans les machines prévues à cet effet. Petit à petit, ne même pas essayer. Rentrer dans le magasin, claquer sa carte sur le comptoir, demander d’activer la pompe 3 ou la 2. Sourire. De temps en temps, faire un saut dans le passé : laisser un type barbouiller le pare-brise à grands coups d’éponge, pendant que les gallons défilent sur l’automate. Imaginer sa vie à lui, c’est-à-dire l’inventer de toutes pièces. Se tromper, c’est sûr.

Racheter des chips, de l’eau, des barres énergétiques, des bonbons. Suivre la ligne jaune au milieu de la chaussée. Contempler les nuages qui défilent à la course dans le ciel opale. Redouter un peu l’étape du soir, l’hôtel vieillot, la chambre encombrée de lourds meubles jamais déplacés, climatisation assourdissante. Rien à manger. Des distributeurs de barres chocolatées et de glaçons à chaque étage, et dans la piaule, un frigo vide.


Et Six-Rivers, but du voyage ? Je n’ai jamais foulé ce territoire. Tout le monde a dans l’âme, un chalet, une cabin au bord d’un lac, dans une forêt, pas vrai ? Partout comme ici, le soir de velours enserre le domaine, les cris des oiseaux nocturnes, le parfum mélangé de l’eau et des pins, la fraîcheur tombée des arbres à dix-sept heures. Alors en plein été enfiler un pull, allumer du feu dans le fourneau, chauffer de l’eau, boire un thé ou une soupe. Ou les deux. Plus tard, sortir sur le balcon, admirer les milliards d’étoiles qui fusent du noir profond, se sentir bien trop petit. Savoir que demain tout sera comme la veille : parfait et en place.


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